L’essentiel
- Une photographie sur un site n’est pas en soi une contrefaçon : l’examen classe chaque utilisation comme couverte, incertaine ou sans licence avant tout courrier ou signalement.
- Un crédit de banque d’images, des relevés de contributeur ou un contexte éditorial sont des raisons de vérifier, jamais des conclusions à eux seuls.
- Une licence n’existe que dans ses termes : l’utilisation réelle est comparée au support, au territoire, à la durée, à l’audience, au titulaire et aux restrictions.
- Si une licence est plausible, le justificatif est demandé et le dossier suspendu jusqu’à une date précise, sans aucun envoi entre-temps.
- L’examen est un tri factuel, non une décision juridique, et une vérification de licence documentée aide à montrer qu’un signalement ultérieur a été fait de bonne foi.
Section 01
Ce que l’examen tranche, et pourquoi il vient en premier
Une photographie repérée sur un site n’est pas, à elle seule, une contrefaçon. Elle a pu être licenciée par une banque d’images, fournie par un client qui en détenait les droits, publiée en vertu d’un contrat toujours en cours ou d’un contrat arrivé à terme depuis un certain temps. L’examen des licences est l’étape où Atlantic distingue ces situations, avant tout courrier et avant toute notification adressée à un hébergeur, à un moteur de recherche ou à une régie publicitaire.
La question posée est étroite et concrète : au vu des éléments disponibles, cette utilisation paraît-elle couverte, incertaine ou dépourvue de licence ? La réponse commande la suite. Une utilisation manifestement couverte est classée sans aucune réclamation. Une utilisation pour laquelle une licence est plausible donne lieu à une demande de justificatif, et non à une escalade. Seule une utilisation sans indice crédible d’autorisation est traitée comme une contrefaçon possible.
Cet ordre compte autant pour le titulaire des droits que pour le destinataire. Une réclamation fondée sur une hypothèse non vérifiée peut s’effondrer dès la première réponse et entamer la crédibilité de tous les autres dossiers. Une réclamation qui a déjà résisté à un contrôle de licence part d’une base plus solide.
Section 02
Les indices que nous recherchons
Chaque occurrence relevée par Atlantic (URL de la page, URL de l’image, date et heure, capture pleine page, fichier image et empreinte SHA-256) est examinée à la recherche d’indices d’une licence. L’examen s’appuie sur ce que montre la page et sur ce que le titulaire des droits nous a indiqué de la diffusion de l’image.
- L’historique des licences communiqué par le titulaire : licences directes, commandes de clients, contrats d’agence, factures antérieures et exclusivités consenties.
- Le contexte de banque d’images : une mention de crédit d’une banque d’images à côté de la photographie, un fichier sans filigrane correspondant à une version stock, ou une mise en page typique d’un licencié.
- Les relevés de contributeur : les banques par lesquelles l’image a été proposée, les dates de mise en ligne et de retrait, et les types de licence que ces banques commercialisent.
- Le contexte éditorial : un article d’actualité, une critique ou un commentaire où l’image illustre un événement ou un sujet, ce qui peut orienter vers une licence éditoriale.
- Les signes d’une relation client : l’image figure sur le site d’une entreprise pour laquelle le photographe a travaillé, ou sur celui de son distributeur ou de son agence.
- Les échanges antérieurs : toute correspondance passée entre le titulaire des droits et le même utilisateur.
Aucun de ces indices ne règle la question à lui seul. Une mention de crédit peut être recopiée avec l’image ; une version stock peut exister sans que l’utilisateur l’ait jamais achetée. Ce sont des raisons de vérifier, et l’examen consigne l’indice relevé ainsi que la suite qui lui a été donnée.
Section 03
Catégorie d’utilisation et caractère commercial
Les licences se vendent pour des usages précis : l’examen identifie donc ce que l’image fait réellement sur la page. Une même photographie peut servir de visuel principal à une page produit, illustrer un billet de blog, appartenir à une brochure imprimée mise en ligne ou figurer en vignette dans les archives d’un journal. Chacun de ces usages relève d’une catégorie de licence différente et, souvent, d’une grille tarifaire distincte auprès de la banque d’images.
Atlantic relève aussi le caractère commercial de l’utilisation : la page vend-elle des produits ou des services, affiche-t-elle de la publicité, promeut-elle une marque, collecte-t-elle des contacts commerciaux. Cette appréciation a deux fonctions. Elle indique quelle licence l’utilisateur aurait dû obtenir, et elle fournit l’un des éléments pertinents, le cas échéant, au regard du fair use prévu par le 17 U.S.C. § 107 en droit américain, où le caractère commercial ou non lucratif de l’utilisation fait partie du premier critère. Atlantic ne se prononce pas sur le fair use : elle consigne les faits qu’un avocat ou un juge mettrait en balance, au cas par cas, avec les quatre critères.
Renvois17 U.S.C. § 107
La catégorie d’utilisation est décrite en termes neutres. Qualifier une page de commerciale est une observation sur la page, non un constat d’illicéité.
Section 04
Vérifier l’étendue d’une licence
Une licence n’existe que dans ses limites. Bien des différends naissent non pas d’une absence totale de licence, mais d’une utilisation qui excède ce qui a été concédé. Lorsqu’une licence est produite ou probable, l’examen confronte l’utilisation réelle à son étendue.
- Support : web, imprimé, réseaux sociaux, vidéo, emballage, affichage extérieur.
- Territoire : monde entier, une région ou un seul pays.
- Durée : perpétuelle, limitée à une période déterminée ou à la durée d’une campagne.
- Tirage ou audience : nombre d’exemplaires, d’impressions ou d’utilisateurs couverts.
- Éditorial ou commercial : une licence éditoriale ne couvre en général ni la publicité, ni la promotion de produits, ni les contenus de marque.
- Licencié : la personne qui utilise l’image est-elle celle qui a acquis la licence, et celle-ci autorise-t-elle la sous-licence ou la cession à un client.
- Restrictions particulières : interdiction d’usage dans un logo, sujets sensibles, revente sous forme de modèles, obligations de crédit.
Le constat qu’une utilisation sort du cadre de sa licence est formulé avec précision : quelle condition est dépassée, et sur quel élément. Une remarque générale selon laquelle l’utilisation « n’est pas couverte » ne résisterait pas à une réponse argumentée, et Atlantic n’en envoie pas.
Section 05
Licences expirées et utilisations qui ont dépassé leur cadre
Les licences à durée limitée sont fréquentes dans la publicité, les campagnes et certains contrats d’agence. À l’échéance, le droit d’afficher l’image prend fin, mais les pages restent souvent en ligne pendant des années. L’examen compare donc les dates de toute licence avec la date et l’heure de chaque capture.
Une licence expirée n’est pas la même situation qu’une utilisation qui n’a jamais été licenciée. L’utilisateur disposait d’un point de départ légitime et a pu simplement perdre de vue l’échéance. Atlantic en tient compte : la correspondance mentionne la licence, indique la date à laquelle elle semble avoir pris fin et demande si elle a été renouvelée. Si ce n’est pas le cas, la situation se règle généralement par un renouvellement ou par une licence couvrant la période d’utilisation prolongée.
La même approche vaut lorsqu’une licence était valable mais que l’utilisation l’a dépassée : une image licenciée pour un site internet puis reprise dans un catalogue imprimé, ou une licence limitée à un site désormais affichée sur tout un réseau de pages de franchisés.
Section 06
La demande de justificatif de licence et la suspension datée
Lorsqu’une licence est plausible mais non confirmée, Atlantic demande le justificatif avant d’aller plus loin. La demande est faite dans le dossier, sous une référence de la forme AID-YYYY-NNNNN, et le destinataire peut répondre par le portail sécurisé du dossier ou par e-mail. Les réponses par e-mail sont versées au même dossier.
- Documents utiles : le certificat de licence ou l’historique de téléchargement de la banque d’images, la facture ou la confirmation de commande, le contrat conclu avec le photographe ou l’agence, ou le contrat avec l’agence ou le graphiste qui a fourni l’image.
- Le justificatif doit permettre d’identifier l’image, le licencié, la date et le type de licence.
- Si l’utilisateur a reçu l’image d’un tiers, le justificatif de la licence de ce tiers est pertinent, ainsi que son droit éventuel de la transmettre.
Une réponse, l’invocation d’une licence ou une demande de délai suspend le dossier jusqu’à une date indiquée. Rien n’est envoyé pendant la suspension. Si le justificatif parvient et couvre l’utilisation, le dossier est clos. S’il n’en couvre qu’une partie, l’examen précise ce qui reste ouvert. Si aucun justificatif n’est reçu à la date fixée, le dossier reprend sur la base des éléments déjà réunis.
Dans la plupart des systèmes juridiques, celui qui se prévaut d’une licence doit être en mesure de la produire. Demander le justificatif n’est donc pas une accusation : c’est la manière ordinaire d’établir si la question se pose seulement.
Section 07
Les réponses habituelles, et la façon dont l’examen les traite
Les destinataires répondent souvent par une brève explication plutôt que par un document. Chacune est appréciée pour ce qu’elle établit réellement.
- « Nous l’avons trouvée sur Google. » Un moteur de recherche indexe les images ; il ne les licencie pas. Trouver une image en ligne ne confère aucun droit de la réutiliser.
- « Elle figurait sur un site d’images gratuites. » Ces sites ont leurs propres conditions, et des images y sont parfois mises en ligne sans l’autorisation de leur auteur. L’examen vérifie si la photographie y a réellement été diffusée par le titulaire des droits, et à quelles conditions. Une licence consentie par une personne qui ne détenait pas les droits ne peut en principe transmettre des droits qu’elle n’avait pas.
- « Nous avons crédité le photographe. » Le crédit est une bonne pratique et peut constituer une condition de licence, mais il ne vaut pas licence.
- « C’est notre webdesigner qui a choisi l’image. » La licence du prestataire, s’il en a une, est précisément le justificatif demandé. Quel que soit l’arrangement avec le prestataire, l’exploitant du site est en général celui qui a publié l’image ; la répartition des responsabilités dépend de la juridiction.
- « Nous l’avons retirée. » Le retrait met fin à l’utilisation en cours. Il n’efface pas l’utilisation déjà faite, et l’examen doit encore savoir si cette utilisation passée était licenciée.
- « La photo est ancienne. » L’ancienneté ne met pas fin à la protection tant que la durée des droits court, mais elle rend plus probable l’existence d’une ancienne licence ou d’un contrat expiré, ce que l’examen vérifie.
- « C’est du fair use. » Le fair use du 17 U.S.C. § 107 s’apprécie au cas par cas. L’examen consigne les faits pertinents (caractère commercial, nature de l’œuvre, part utilisée, effet sur le marché des licences) sans présenter de conclusion dans un sens ou dans l’autre.
Renvois17 U.S.C. § 107
Une réponse qui laisse ouverte la question de la licence appelle une demande précise, non une contre-argumentation.
Section 08
Les issues possibles
Un examen des licences aboutit à l’une de quatre issues, et le dossier consigne laquelle et pourquoi.
- Classement pour licence valable : le justificatif couvre l’utilisation. Le dossier est clos sans aucune réclamation, et toute notification déjà adressée à un hébergeur, un moteur de recherche ou une régie est retirée.
- Régularisation de la licence : l’utilisation n’était pas couverte, ou ne l’était plus, et l’utilisateur acquiert une licence pour l’utilisation faite et, s’il le souhaite, pour la suite. Le dossier consigne l’accord, puis il est clos.
- Règlement amiable : lorsque la régularisation ne convient pas, par exemple parce que le titulaire ne souhaite pas licencier cet usage, les parties peuvent convenir d’un règlement pour l’utilisation déjà faite. Tout montant évoqué est une proposition, non une dette établie, et les discussions restent confidentielles.
- Poursuite de la correspondance : aucun justificatif n’est produit, ou celui-ci ne couvre pas l’utilisation, et aucun accord n’intervient. Le dossier passe à la correspondance graduée puis, si nécessaire, aux étapes ultérieures décrites dans nos pages consacrées à l’accompagnement des démarches et à la transmission à un avocat.
Un dossier n’est clos que lorsqu’une licence valable ou une autre autorisation est produite ou, à défaut, lorsqu’un règlement amiable est conclu et consigné. Une erreur d’identification démontrée est corrigée ; elle ne donne lieu à aucun règlement.
Section 09
Pourquoi cet examen protège le titulaire des droits, et comment commencer
Atlantic n’est pas un cabinet d’avocats et ne donne pas de conseil juridique. L’examen est un tri factuel, non une décision juridique, et ses conclusions ne sont jamais présentées comme celles d’un tribunal. Son intérêt est ailleurs : il écarte les réclamations qui ne tiendraient pas, de sorte que le titulaire des droits ne poursuive pas un licencié, ne froisse pas un client et ne s’expose pas au reproche d’avoir déformé les faits dans une notification. En droit américain, le 17 U.S.C. § 512(f) prévoit qu’une déclaration sciemment et substantiellement inexacte dans une notification de retrait peut engager la responsabilité de son auteur, et un contrôle de licence documenté est l’un des moyens les plus clairs de montrer qu’une notification a été envoyée de bonne foi.
Renvois17 U.S.C. § 512(f)
Les dossiers qui vont plus loin en sortent renforcés. Chacun conserve la trace des indices examinés, de la demande formulée, de la suspension accordée et de la réponse reçue, ou de son absence. Lorsqu’une affaire parvient ensuite à un hébergeur, ou à un avocat de la juridiction concernée, cette trace montre que l’autre partie a eu une possibilité réelle de produire une licence avant toute autre démarche.
Pour commencer, déposez vos images sur la plateforme avec l’historique de licences dont vous disposez : comptes de banques d’images, contrats clients, factures et clauses d’exclusivité. Plus cet historique est complet, plus l’examen distingue rapidement les utilisations licenciées de celles qui méritent un regard plus attentif.
Section 10
Objections fréquentes
Objection
« Nous demander notre licence, c’est nous accuser. »
Réponse
Dans la plupart des systèmes juridiques, la partie qui invoque une licence doit être en mesure de la présenter. Demander le justificatif est la manière ordinaire de vérifier si la question se pose seulement, et un justificatif qui couvre l’utilisation clôt le dossier.
Objection
« Notre licence couvre cette utilisation. »
Réponse
L’examen compare l’utilisation réelle aux termes de la licence : support, territoire, durée, audience, titulaire et restrictions particulières. Si une utilisation en sort, Atlantic indique précisément quel terme est dépassé et sur quelle preuve.
Objection
« Notre licence a simplement expiré, nous avons oublié de la renouveler. »
Réponse
Une licence expirée est une situation différente d’une utilisation jamais autorisée, et elle est traitée comme telle. Le courrier indique quand la licence semble avoir pris fin et demande si elle a été renouvelée ; à défaut, l’affaire se règle généralement par un renouvellement ou une licence couvrant la période d’utilisation prolongée.
Objection
« La photo est ancienne. »
Réponse
L’ancienneté ne met pas fin à la protection tant que la durée du droit court. Elle peut en revanche rendre plus probable une licence ancienne ou un contrat expiré, ce que l’examen vérifie.